La religion prédominante en Syrie expliquée simplement

3 février 2026

Le vendredi 22 juin, All4Syrie a publié un article intitulé « Pour tromper les Américains, Bachar al-Assad envoie Moukhabarat à Washington, déguisé en hommes de religion ». Elle confirme que le chef du « seul État laïque » de la région n’a ressenti aucune instrumentalisation, y compris des dignitaires religieux, pour lui permettre de rester au pouvoir et d’assurer la survie de son régime.

On ne peut pas évoquer All4Syrie sans mentionner son fondateur, Ayman Abdel-Nour. Ingénieur, économiste, membre de la communauté assyrienne et acteur du Parti Baas, il a joué un rôle direct lors du congrès du parti en juin 2000, à la suite du décès de Hafez Al Assad. Il a vu de près l’ascension de Bachar el-Assad au sommet de l’État. Abdel-Nour a milité pour un renouvellement générationnel et idéologique, plaidant pour la fin de la mainmise des anciens apparatchiks sur le parti et l’État. Il fut l’un des moteurs du changement, convaincu que la Syrie ne pouvait avancer sans bousculer les habitudes sclérosées du pouvoir.

En 2003, la création d’All4Syria a été permise avec le feu vert des autorités, soucieuses de contrebalancer l’influence du site Levant News basé à Londres et proche des Frères musulmans. À l’époque, la presse et l’audiovisuel syriens restaient fermement contrôlés par le pouvoir. Abdel-Nour, lucide sur la nécessité d’ouvrir le pays à plus de transparence, a voulu offrir aux Syriens un aperçu du fonctionnement interne du Baas et des réseaux sécuritaires liés au clan Assad. De longues années durant, il a livré à ses lecteurs des informations inédites et précises, révélant les rouages du pouvoir, de la famille au sommet jusqu’aux ramifications de la sécurité militaire.

Rapidement, ses analyses incisives et ses révélations ont irrité les gardiens du statu quo, notamment les services de renseignement du Mukhabarat. Le climat est devenu intenable : en 2008, même Bachar Al Assad lui-même, pourtant de longue date dans son entourage, lui a conseillé de quitter la Syrie, faute de pouvoir garantir sa sécurité. Depuis l’étranger, Abdel-Nour a poursuivi son travail, transformant All4Syria en une source incontournable pour qui veut comprendre les évolutions syriennes. Le changement du logo du site, passant aux couleurs du drapeau de l’indépendance, et la création de « Syriens Chrétiens pour la Démocratie » témoignent d’un engagement renouvelé, à la fois dans les médias et sur la scène politique.

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All4Syrie rapporte :

« Une source à la présidence de la République, qui nous avait déjà fourni de nombreux renseignements, a indiqué qu’une proposition émanant d’un membre du Bureau de la sécurité nationale suggérait d’envoyer à Washington le mufti de la République, Cheikh Ahmed Hassoun, accompagné de plusieurs religieux chrétiens. L’objectif : rencontrer des responsables et associations chrétiennes influentes au Congrès américain. Il s’agissait de raviver la crainte, chez ces partenaires, du sort réservé aux chrétiens par l’opposition syrienne. Témoignages, photos, récits de massacres devaient servir à exercer une pression sur le gouvernement américain et infléchir sa politique. Un certain Camille T., établi à Montréal, aurait par ailleurs conseillé que le gouvernement syrien ne s’implique pas directement dans l’organisation ou le financement, afin de donner l’apparence d’une initiative issue de la société civile.

Cheikh Ahmed Hassoun Selon ce scénario, le Bureau de la sécurité nationale a rédigé un mémo transmis à l’unité de crise, puis à Bachar al-Assad, qui a validé la démarche. La mission aurait dû être coordonnée par le Dr Samer F., universitaire basé à New York, et le Dr Yazan Kh., installé en Floride, tous deux proches du président à travers leurs investissements en Syrie. Après plusieurs rencontres avec le chef de l’État, il a été convenu qu’ils financeraient la visite de la délégation, ce qui permettrait d’en présenter le voyage comme une réponse à une invitation. En échange, des autorisations administratives leur seraient accordées plus rapidement.

Mgr Luqa Al Khouri L’unité de crise a constitué la délégation : Cheikh Ahmed Hassoun, Mgr Louqa Al Khouri (vice-patriarche des Grecs orthodoxes d’Antioche), récemment désigné par Michel Kilo comme agent du Mukhabarat, et l’évêque Joseph Al Absi (vicaire patriarcal des Grecs catholiques d’Antioche). Le Père Paolo dall’Oglio, expulsé de Syrie par les services secrets, résumait sèchement : « Ce sont des Mukhabarat ». La délégation a reçu instructions précises et supports vidéo à présenter.

Mgr Joseph Al Absi Selon la source, la visite devait être lancée dès que les questions logistiques et financières seraient réglées.

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Ainsi s’exprimait Michel Kilo dans l’article d’All4Syria :

« Le christianisme oriental a basculé dans une période d’isolement vis-à-vis de son environnement historique et social. On constate une hostilité marquée envers tout ce qui diffère, chrétiens comme non-chrétiens. Il s’est installé une forme de racisme confessionnel, érigeant les « chrétiens » en caste supérieure, fermée à ceux qui n’appartiennent ni à son Église ni à sa religion. Les chefs d’Église affichent une solidarité sans faille avec l’injustice, rappelant la Rome persécutant les premiers chrétiens. Ils s’allient aux puissants et dressent leurs fidèles contre tous les opposants, y compris les chrétiens dissidents qu’ils accusent d’avoir trahi la foi pour la seule raison de leur désaccord. Un évêque de Damas a même sollicité les services de sécurité pour livrer de jeunes manifestants, venus protester contre la partialité de l’Église dans le conflit syrien. Il a ainsi encouragé les fidèles à fêter la mort de jeunes musulmans, abattus lors d’un rassemblement près de Damas, une manifestation contre le régime.»

Michel Kilo « Plus grave encore, certains ont reçu des menaces signées de groupes se faisant appeler « Chabbiha Christi » (imaginez jusqu’où peut s’enfoncer l’Église, quand ses propres membres empruntent ce nom !). Les lettres annonçaient un sort déjà scellé pour les destinataires, promis à la mort dès que l’occasion se présenterait. J’ai répondu calmement à l’une de ces lettres, privilégiant la discussion, mais l’auteur m’a relancé, m’accusant cette fois d’avoir envoyé des membres de l’Armée syrienne libre pour le tuer. Or, je n’ai jamais approché un seul de ces « chabbiha du Christ », je ne connais ni leur identité ni personne dans l’ASL, et n’ai aucun lien avec les armes ou ceux qui les portent. »

« Si le Christ revenait aujourd’hui, il descendrait dans la rue pour manifester en faveur de la liberté et du respect de la dignité humaine. Il irait à Al Khaldiyeh (Homs), Idleb, Maaret al-Numan, Al Haffeh, Salma, Banias, Douma, Arbin, Kafr Batna, Al Hirak, Al Mseifreh, pour partager le sort de ceux qui y souffrent. Peut-être répéterait-il : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », autrement dit, pourquoi avoir laissé faire cela ? Il ne tolérerait pas que son nom soit associé à une Église dont Mgr Louqa Al Khouri a livré cinq jeunes chrétiens au Mukhabarat. Sa colère serait aussi vive que face aux marchands du Temple.»

« L’Église va mal. Elle est devenue insensible à la douleur, oublieuse du sacrifice du Nazaréen. Le clergé doit se dresser contre ses chefs. Les fidèles, eux, devraient cesser de se taire et prendre leurs distances avec une institution qui ne perçoit plus la souffrance des opprimés et se satisfait de sa propre tranquillité, alors que partout coule le sang des innocents. Les chrétiens devraient, pour un temps, déserter leur Église jusqu’à ce qu’elle renoue avec sa vocation : être celle du Seigneur, non celle des chefs du Mukhabarat. »

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Addendum (24 juin 2012)

La Fondation pour la paix au Moyen-Orient a annoncé la tenue d’une rencontre avec le Mufti Ahmed Hassoun et Mgr Louqa Al Khouri sur le thème « La coexistence et le dialogue en Syrie », à Washington, dans les locaux de la Fondation Carnegie pour la paix internationale.

Dans les faits, la majorité des sunnites syriens n’a jamais considéré le mufti comme un représentant légitime. À leurs yeux, il n’a été qu’un « mufti judiciaire », chargé de valider et défendre toutes les décisions du régime. Il ne doit pas son poste à une élection entre pairs, mais à une nomination du chef de l’État, désireux d’installer un allié docile après la disparition d’Ahmed Kaftaro.

D’autre part, il n’a pas été signalé que l’évêque Louqa Al Khouri avait servi le monastère de Sadnaya, bombardé lors du conflit le 29 janvier 2012, alors que l’armée syrienne encerclait le village d’Asal al Ward. Il ne s’agissait pas d’une bavure, mais d’un avertissement lancé aux chrétiens quant à la précarité de leur situation en cas de changement de régime. Il n’a pas non plus été rappelé que ce prélat n’était pas étranger à l’agression ayant visé la voiture de l’ambassadeur de France à Damas le 24 septembre 2011, après une visite au patriarcat grec orthodoxe, incident provoqué par des membres du Shabbiha alertés par ses soins. En contrepartie de ses « bons et loyaux services » au Mukhabarat, il espérait alors obtenir une élection à un rang hiérarchique supérieur, celui de patriarche Ignace IV Hazim dont le siège devenait vacant.

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Complément (26 juin 2012)

La Fondation pour la paix au Moyen-Orient a diffusé le 25 juin l’annonce suivante :

Suite à un imprévu, le forum réunissant Ahmad Badreddine Hassoun, mufti de Syrie, et Mgr Louka El Khoury, initialement prévu jeudi 28 juin à 14h30, est annulé.

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